Comment une phrase qui signifie littéralement “un petit garçon marchait avec ses amis” peut devenir “le voyou rodait avec sa bande” ?
Ce n’est qu’un exemple de biais parmi ceux que Kanelle Valton et LK Imany ont relevé au cours de leurs relectures de traductions françaises. Paragraphes supprimés, stéréotypes ajoutés… Quand un texte arrive en France par la traduction, il ne ressort pas indemne des biais racistes qui traversent les professionnels du livre, dont les traducteurs. Plusieurs maisons d’édition ont décidé de prendre le problème à bras le corps, en sollicitant les services de relecteur.ice.s sensibles, des travailleurs de l’ombre à qui l’on doit souvent des imaginaires sauvés de peu de réécritures xénophobes.
“Le traducteur a ajouté le n-word dans la version française, comme ça, gratuitement.” – LK Imany
Lors de cette conférence, Kanelle Valton et LK Imany nous ont partagé leurs expériences et les nombreux biais racistes et islamophobes qui filtrent et altèrent les productions anglophones, une fois traduites en français. Un travail de veille, de recherches sociologiques et historiques, soutenues par des éditeur.ice.s averti.e.s, mais qui restent encore sous-estimés et précarisés. Leurs échanges ont permis notamment d’appréhender la fabrique d’un imaginaire colonial beaucoup plus insidieux qu’il n’y paraît… quand on ne le soupçonne pas.
“Il y a eu ce texte, où ”des garçons noirs” dans la version originale sont devenus “ces émeutiers” dans la version française. Et parfois des ajouts insidieux, comme des vêtements connotés…” – K. Valton
Au cours de ces deux heures, nous avons balayé :
- l’arrivée du métier de relecteur.ice.s sensible.s en France
- l’émergence de la “traduction sensible”
- les cas de racisme et d’islamophobie relevés dans des textes
- l’expertise et le.s formation.s possibles des relecteur.ice.s sensibles
- les échanges en coulisse avec le corps éditorial
- les tarifs des relecteur.ices sensibles
- la nécessité d’un collectif
- les différents facteurs qui précarisent ce métier
À l’issue de cet échange de deux heures, on comprend que le détournement de ces imaginaires riches et diversifiés, produits par des artistes marginalisés, participe au maintien d’un imaginaire colonial, qui doit encore être pris en compte dans la formation des traducteur.ice.s et plus largement des métiers du livre, surtout compte tenu du climat politique actuel.
Pour se procurer le replay, c’est ici.
Un grand merci à nos intervenantes pour la constitution de cette archive sur le sujet !
