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Interview with a vampire : la colère des femmes noires
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Interview with a vampire : la colère des femmes noires

Mrs Roots août 17, 2026 7 min read

Attention, tout le post contient des spoilers !

Beaucoup d’entre vous pensaient que j’allais parler de l’entrée SPECTACULAIRE d’Akasha, la reine mère des vampires, icône vampirique de mon coeur, dans la saison 3 d’Interview avec un vampire, mais non. J’ai décidé de rester sage et d’attendre la prochaine saison qui est dédiée à son histoire.

En attendant, il y a un autre épisode de black female rage qui a bousculé la série : celui de Claudia !

Le cas de Regina

Avant de parler d’elle, il faut parler de son étrange double : Regina, une serveuse que Louis va rencontrer par hasard dans un dinner et qui ressemble terriblement à sa fille défunte, Claudia. Regina remarque rapidement les venues fréquentes de ce client, puis finit par lui demander ce qu’il veut d’elle. Louis finit par lui confier son deuil, sans oser lui dire le fond de sa pensée. Quand il la revoit et lui offre d’effacer son casier judiciaire et de régler ses dettes, Regina le confronte.

(Louis) Je peux t’aider.

(Regina) Va te faire foutre.

— Je peux nettoyer ça pour toi.

— Bourgeois.

-Je peux rembourser tes dettes. Je peux te trouver un appart.

-Me mettre une robe jaune et m’asseoir sur tes genoux ?

— Non, non, rien de tout ça.

— Si, tout ça ! « Tiens, voilà l’argent. Monte dans mon Escalade. Sois ma fille morte. » Ouais. Va te transformer en chauve-souris ou je ne sais quelle connerie du genre. J’ai déjà assez de merde dans ma vie. Je n’en ai pas besoin de plus.

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En énumérant tout ce qu’il a trouvé sur elle après l’avoir stalkée, Louis tente d’acheter Regina, sous couvert d’une gentillesse mal placée. Au lieu d’exprimer clairement ses besoins, il crée un récit misérabiliste où Regina aurait besoin de lui.

La colère de Regina casse le scénario et la coercition qu’il tente d’exercer. Elle lui permet aussi de réclamer son agentivité et d’assurer les termes d’un choix qui doit rester le sien.

Le cas de Claudia

Alors, là ! Quand vient le tour de Claudia, c’est la fête : la réunion de famille à laquelle Louis et Lestat aspirent depuis si longtemps, espérant parler une dernière fois avec leur fille, se transforme en règlement de compte sanglant. Claudia n’est plus le fantôme qui leur sert à soulager leur conscience. Elle est là, prête à leur montrer la vérité enragée qu’ils tentent de fuir.

Ah ouais, c’est exactement ce que je veux être : le carburant de ton apitoiement sur ton sort.
Écouter tes lamentations pitoyables.
Je suis morte.
Morte !

Tiens, un peu de vérité pour toi, pauvre type.
Tu n’étais même pas mon préféré.
Je préférais l’autre.
Lui, il savait qui il était.
Tu n’es même pas celui qui m’a créée.
Tu n’es même pas de mon sang.
C’est lui mon créateur.
J’ai même envisagé de t’empoisonner, toi, plutôt que lui.
Tu sais pourquoi je ne l’ai pas fait ?
Parce que tu as une petite marque gravée sur la cage thoracique qui dit que tu es un esclave.
Je savais que je pouvais compter sur toi pour me suivre partout — comme un chien abruti — jusqu’à ce que je puisse te larguer pour quelqu’un qui en valait plus la peine.

Tu crois que j’ai envie que deux hommes que je hais — pas un, mais deux ! — se servent de moi comme prétexte à leurs conneries ?
À chialer et lire mon journal intime comme si c’était toi qui avais vécu tout ça ?
Écoute bien, rentre-toi ça dans le crâne :
Je te hais !
Plus que tout et n’importe qui au monde, plus que mon père qui m’a abandonnée, plus que ma tante qui me fouettait, plus que Bruce qui m’a baisée, plus que la meute de vampires qui m’a séduite avant de me brûler !
Je te hais au plus profond de mon être.

Brûle ces journaux !
Brûle cette robe !
Arrête de prononcer mon nom !

source

Comme l’a dit la chroniqueuse “Pay or wait” : est-ce que vous savez à quel point il faut être en colère pour clasher une personne noire devant une personne qui ne l’est pas ?

Ce qui est clair, c’est qu’on assiste à une scène de rage pure. Pas un ressort théâtrale servant à prouver la fragilité et la bonne conduite d’un.e protagoniste principal.e blanc.he, ni une caractéristique pour montrer “la méchante” ou “la sauvage”, ni une colère servant de climax pour illustrer “c’est ça, le racisme”. La rage pure et légitime d’une femme noire, imparfaite et blessée durant des siècles, enragée de voir que sa mort sert encore ses bourreaux à se plaindre et se complaindre dans leur narcissisme dévastateur. Et ça fait du bien.

Et ce qui nous brise le plus à la fin de cette scène, c’est d’entendre ce que Claudia voudrait pour partir en paix : retrouver Madeleine dans les limbes, la seule personne qui l’a aimée pour ce qu’elle était, et qui l’a rendue heureuse. Car elle ne la retrouve pas.

Au fond, si Claudia est encore enragée dans l’au-delà, ce n’est pas tant à cause de Louis ou de Lestat, dont elle ne se soucie plus depuis longtemps, mais parce qu’elle continue de chercher l’amour de sa vie. Sa rage remet sa peine au centre, par une rupture avec eux et dont ils ignoraient l’existence : “Brûlez mes vêtements. Ne prononcez plus mon nom”.

Les personnages de Regina et Claudia sont rafraîchissants et tellement satisfaisants par leur capacité de briser la figure “poto mitan” , pillier d’un blantriarcat qui se tourne vers les femmes noires pour reposer sur elles, exploiter en elle une figure maternelle, y puiser du soin, etc, sans jamais adresser leurs individualités.

Claudia et Regina refusent d’être le réservoir de rédemption et la thérapie de service de Louis. La véhémence de leurs colères respectives réclame un espace où elles deviennent, non plus les figurantes de l’histoire qu’il se raconte, mais le centre.

Je pense honnêtement que cet épisode 6 est une leçon d’écriture à part entière, mais particulièrement pour quiconque veut écrire une femme noire en colère, sans tomber dans les clichés redondants ou les ressorts narratifs habituels. La sincérité de Claudia empêche la respectabilité habituellement attendue, elle n’est ni aseptisée, ni évacuée par une réconciliation ou une sortie douce qui rassurerait un regard blanc. Elle est brutale et inconfortable. J’ai applaudi, j’ai crié, j’ai pleuré durant cette scène – et d’autres dans la série, parce qu’il y a clairement une complexité prêtée aux personnages qui est fine. C’est d’autant plus un tour de force quand on sait que cette storyline n’était pas dans le livre ! Aussi, j’espère que les personnes qui glissent dans les DM des femmes noires pour les pomper émotionnellement ou professionnellement sauront qu’elles sont Louis et Lestat *petit clin d’oeil*.

Bon, ça ne passe pas totalement le test du Black beschel, puisque la seule protagoniste noire principale de la série est morte ET en souffrance dans la mort, mais vas-y, on va dire qu’Akasha prend le relais.

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