House of the Dragon : Les cheveux de Rhaena
Bah oui, faut qu’on parle de ce switch capillaire dans House of Dragons, parce qu’on se souvient encore des réactions à l’annonce des acteur.ices noir.e.s castés pour la série.
Notez que je n’ai pas lu les livres, j’ai seulement cru comprendre que Rhaena a été énormément réécrite pour la série et fusionnée avec d’autres personnages et/ou trajectoires.
Ce qui m’intéresse, c’est surtout sur le shift de la coiffure de Rhaena dans la série.

J’en avais parlé dans le précédent post ci-dessous, ce que j’appelle l’Afro du désarroi : l’afro qui apparaît dans les séries au moment où une héroïne noire se laisse aller, est en danger, ou qu’il ne va pas de pair avec le fait d’être apprêté.
C‘est un trope texturiste assez récurrent, où l’expression du cheveu naturel est rattachée à un imaginaire dépréciatif, notamment lorsqu’il est mis en contraste avec des coiffures montrées comme “positives”, “propres”, “présentables”, etc, et/ou qu’il devient l’unique marqueur d’une situation négative.

Alors, dans House of the dragon, a-t-on encore droit à l’Afro du désarroi ?
Faut voir d’où l’on part ! Les locks sont vraiment symboles de royauté dans House of the dragon, pas seulement par leur couleur argentée qui marque la filiation avec les Targaryen, il y a cette idée de longueur, de soin par les coiffures sophistiquées, et donc de prospérité, portée aussi par Lord Corlys (à mes yeux, hein). Et dans ce héritage royal, à aucun moment, on ne voit dans la famille de Corlys, un afro court. Bon, je passe tout de même sur la fascination pour la longueur et l’héritage texturiste qui va avec.

Et Rhaena, dans tout ça ?
Après avoir commis l’irréparable, Rhaena cherche l’asile, consciente qu’elle sera sévèrement punie si Rhaenyra apprend son crime.
Mais les portes se ferment, et elle n’a d’autre choix que de se cacher dans les montagnes, traquée par la garde royale et isolée de tous.
Quand on la retrouve, on découvre une Rhaena éprouvée, peu alimentée et souffrant d’avoir tout perdu – son rang, sa famille, son ancienne vie, son avenir. Avec sa chevelure coupée maladroitement.
“L’Afro du désarroi, Laura !” crie la foule, et vous n’auriez pas tort.

Rhaena et le droit à l’erreur
Cela dit, j’ai trouvé assez intéressant ce qui se passe avec cette nouvelle Rhaena.
Rappelons que Rhaena, c’est une femme afrodescendante qui a fait une ou deux bêtises, aux conséquences dramatiques… Je trouve toutefois rafraîchissant de voir ce type de personnage, puisque sa trajectoire vise une chose : le droit à l’erreur. Entourée de milles contes sur les exploits et la bravoure des Targaryen, Rhaena espérait pouvoir enfin s’inscrire dans cette lignée en domptant Sheepstealer, et surtout, trouvée grâce aux yeux de son père et de la cour.
Mais avec cette cavale, Rhaena dénonce avec force et vulnérabilité les injustices qu’elle a subi et qui l’ont amené à chercher l’approbation des autres, jusqu’à se perdre elle-même, tout en admettant ses erreurs. En somme, elle se choisit, aussi imparfaite soit-elle, et préfère rester avec un dragon qui la voit, plutôt qu’une famille et un milieu qui ne l’a jamais considérée au-delà de son sang royal.

Du coup, l’Afro du désarroi semble aussi tendre vers le Big chop : se couper les cheveux avec cette idée de renouveau, mais aussi de reprise de pouvoir, l’affirmation d’une agentivité, que l’on retrouve dans les cultures noires.
Habituellement, c’est un acte voulu et non contraint comme celui de Rhaena – elle est en cavale et donc doit changer d’apparence -, mais je trouve intéressant que l’afro apparaisse dans la série au moment où elle est peu à peu prête à assumer les conséquences de ses actes et à rompre avec la toxicité de son milieu.
En conclusion…
Je pense qu’on est encore dans l’Afro du désarroi, mais je me demande si le cap symbolique qu’il marque n’est pas à l’image de Rhaena : archi messy, à la fois victime et responsable des circonstances, mais qui peut ouvrir peut-être sur un chemin différent…
… Jusqu’au prochain épisode ?

