18 juillet 2026 "Pour qu'il ne soit plus possible de dire, je ne savais pas" - André Brink
Les femmes afrodescendantes dans L’Odyssée
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Les femmes afrodescendantes dans L’Odyssée

Mrs Roots juillet 18, 2026 6 min read

Ce n’est pas un post sur le choix de caster Lupita N’yongo en tant qu’Helene de Troie car :

  • En 2026, on ne débat plus avec des gens qui sont okay d’avoir des mimotaures et des cyclopes dans un film, mais pas une femme noire
  • Le blanchiment des péplums et plus largement des mythes greco romains en vue d’effacer la réalité historique et la mixité des populations est déjà connu et debunk par les historiens (ex : le cas des empereurs jumeaux dans Gladiator 2)
  • J’ai déjà écrit tout un post sur le racebending que vous pouvez retrouver sur le blog mrsroots.fR

Moi, ce qui m’intéresse, c’est l’effet de ce choix sur la narration…

est-ce un flop ou un bop ?

Attention, spoilers à partir d’ici

Disons-le, le post va être court puisqu’il n’y a que deux personnages et demi qui sont afrodescendantes dans le film : Athena et les sœurs Hélène et Clytemnestre.

Mais il y a quand même des choses à dire.

Athena

J’ai adoré l’interprétation de Zendaya en tant qu’Athena, même si on retrouve encore le trope de la Femme noire sage qui guide le héros blanc, qui n’est là que pour servir sa progression… Mais si, vous savez, habituellement c’est une femme noire âgée pleine de sagesse qui délivre des énigmes et dont on ne sait pas grand chose. Perso tertiaire quoi…

Ce qui sauve un peu, c’est le reveal sur ce choix d’apparence par Athena : il marque vraiment une frontière entre la divinité elle-même et la place des victimes qui hante Ulysse, le sang qui a été versée pour sa victoire. J’ai trouvé que ça humanisait davantage son personnage, vu qu’il convoque à la fois la mémoire des innocents morts dans le sillage de sa gloire et une déesse de la justice qui n’est pas là uniquement pour protéger son poulain mais pour le mettre face à ses actes.

Je ne pense pas que les scénaristes y ont pensé, mais y avait moyen de faire un pont avec les spiritualites afrodescendantes et la notion d’Ancêtres : c’est-à-dire l’humain qui devient esprit guide, s’il a lui-même eu une vie respectable et utile dans la communauté. La mort de cette innocente, voire servante du temple, qui incarne ensuite Athena, ça rentrerait vachement bien dans ce sillage en terme de mythologie comparée.

Helen

Ah, Hélène… la beauté qui fit basculer Troie, du moins ça c’est le point de vue patriarcal du bail. Voir sa beauté mutilée comme une tentative pour Ménélas de la dominer et de lui retirer toute valeur, se rendre compte qu’elle est peut-être reine mais captive avant tout…

OK, et après ?

Je pense honnêtement qu’il est plus intéressant d’étudier l’aspect sociologique de ce choix de casting et sa réception, car ce qui a trigger les gens, c’est de voir une femme noire dark skin incarnée un modèle de beauté qui fit déferler mille hommes et détruire une cité, et donc analyser la manière dont ça a trigger un imaginaire blanc qui a la misogynoir pour pillier.

Mais dans l’intrigue en elle-même ? À part le fait qu’elle reconnaisse Ulysse en Télémaque ? Mouais. Bof.

Passons à sa jumelle.

Clytemnestre

Certains diront peut être qu’avoir une femme noire pour jouer une reine qui a commis l’adultère et le meurtre de son mari, c’est pas ouf, mais je trouve que le reveal sur le pourquoi du comment est EXQUIS : Clytemnestre venge le meurtre de sa fille, sacrifiée aux dieux par Agammemnon afin qu’il obtienne la victoire contre Troy, et en plus elle trouve un amant qui veut l’y aider ? 20/20.

Le bémol, c’est qu’au final, on a encore une production où les femmes afrodescendantes souffrent, avec aucune happy ending : Hélène est clairement tenue captive par Ménélas, sa beauté mutilée, Athéna a l’apparence d’une servante assassinée, et Clytemnestre, bien qu’elle ait sa revanche, porte le deuil de son enfant. À choisir, j’aurais préféré une Calypso Noire, tranquille sur son île, même avec un peu de codépendance affective pour Ulysse.

Alors, je sais, je sais, l’Odyssée, c’est de base une tragédie.

Y a même aucune femme qui connaît le bonheur : Calypso s’est dévouée à un homme qui ne l’aime pas, Circé vit isolée avec ses blessures (dans la version de Nolan, hein) et Penelope… Pardon, je pense qu’une virée vers le soleil fuyant va effacer 20 ans d’une vie solitaire, assiégée chez soi, et niée dans son pouvoir de reine et loin de son mari.

Bref, je sais, l’Odyssée n’est pas connu pour son féminisme.

Mais avec toutes les bonnes réécritures féministes qu’il y a eu au fil des décennies, j’aurais voulu qu’on ait un peu plus que quelques monologues bien écrits pour Penelope et Circé, emplis de female rage…

Concernant la représentation des femmes afrodescendantes dans l’Odyssée, je n’en attendais pas grand chose, ça restait divertissant, mais je sais que ce type d’oeuvres n’est pas capable d’aller là où on les attend.

Ce que j’aurais aimé, en vrac :

  • Dans une adaptation d’un mythe grec, une Calypso noire comme dans la version de 1997 (voir ci-dessus), ça fait tellement SENS d’un point de vue mythologie comparée et déesses des eaux, etc, GIMME SOMETHING.
  • Ou une adaptation de mythes grecs qui représenterait à l’écran les influences perses, égyptiennes et autres qui les ont inspirées, ça serait ouf et très riche en terme de photographie
  • Plus d’adaptations de mythes africains au cinéma, parce qu’il y a un plafond là, et ça commence à se voir

En résumé, Uun film divertissant pour qui n’est pas puriste, avec de bonnes propositions de mise en scène et des passages d’écriture incroyables, mais quant à la promesse faite d’une réécriture à couper le souffle, ça reste un peu tiède. Bref, vous me direz ce que vous en avez pensé ?

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