Pourquoi penser une autre justice est un enjeu afroféministe ?

Tw : mention de violences faites aux femmes et sur les mineur.e.s

Hello tout le monde,

Cet article est resté beaucoup trop longtemps en brouillon, et pourtant, il me paraissait important de faire une place sur ce blog à la question de la prison. Je dis “la question de la prison”, comme un énorme chapeau de plein de conversations politiques. En effet, comment se positionner sur les questions de justices alternatives, quand une partie des luttes antiracistes recherche la justice, et donc la condamnation des auteurs de violences policières ? Peut-on viser le démantèlement de la police, et plus largement la transformation d’un appareil judiciaire dont on réclame la reconnaissance et la réparation, lorsqu’on est victime ? Petite introduction à ce sujet.

Quelles justices alternatives ?

Tout d’abord, il faut savoir que la justice que l’on connaît, est ce qu’on appelle la justice punitive. C’est-à-dire qu’au sein de cette justice, on estime que tout acte illégal commis doit se solder par une punition, une sanction. La police est l’un des premiers organes de la justice punitive, puisqu’il est le point de contact direct entre la population et la justice avec un grand J. La sanction est donc perçue comme une conséquence et une finalité pour les personnes incarcérées, sans réelle volonté de réinsertion.

Mais qu’est-ce qu’elle a de “mal” cette justice punitive ? Pour répondre à cette question, je vous renvoie à cette vidéos de Jade Almeida sur la notion de justice punitive, et ses alternatives. Je choisis sciemment de ne pas en faire de résumé car le sujet est beaucoup trop large (c’est déjà une prouesse que ça tienne en une chronique de vingt minutes), donc vraiment, visionnez cette présentation limpide :

Ce que l’on remarque dans les échecs de la justice punitive, c’est que (extraits dans la vidéo ) :

  • 60% des victimes ne demandent pas justice et entamer les démarches.
  • Huit fois sur dix, les cas sont classés sans suite.
  • Le recours à l’emprisonnement démontre chaque année qu’il y a une surpopulation carcérale, suite aux manques de structures.
  • les études actuelles sur la justice punitive démontrent que le recours à la prison va renforcer la criminalisation. La honte, l’isolation sociale, la situation économique, et l’exposition à la violence sont les quatre axes favorisant les actes de violence et le passage au crime, qui pourraient être pris en charge s’il y avait une prévention des actes criminels.
  • L’absence de réelle insertion des personnes anciennement détenues puisqu’elles sont ensuite marginalisées sur le marché de l’emploi. Et donc qui dit pas d’insertion, dit retour aux quatre axes cités précédemment, avec risques de récidive.

Notons également que la justice punitive est aussi défaillante, du fait de sa capacité à renformer les discriminations et donc la criminalisation de populations minorisées, et donc les commnautés noires. Si l’on connaît déjà le manque de condamnations dans les cas de discriminations raciales, tout domaine confondu; et une surviolence à l’égard de ces populations (notamment à travers des violences policières, les criminalisations des jeunes, la stigmatisation de ces populations dans la guerre contre la drogue, etc) ; il faut garder en tête que ces violences systémiques ne s’arrêtent aux portes de la prison. Le décès de Patrick Mirval en est l’exemple :

Patrick MIRVAL avait 20 ans quand il a été incarcéré au centre de jeunes détenus de Fleury-Mérogis, le 20 janvier 1974, suite à un vol présumé de 57 francs de l’époque (c’est-à-dire 45 euros aujourd’hui), un vol en pièces de monnaie dans un distributeur du RER. Le 22 février on lui apprend que sa demande de libération provisoire est refusée. À l’annonce de cette nouvelle il se serait énervé et aurait insulté les gardiens selon la version de l’institution responsable de son assassinat. Patrick se voit alors annoncé une sanction de 4 jours de mitard. Il doit pour cela être conduit au bâtiment D3 en fourgon cellulaire. À son arrivée au D3, on pratiquera quelques gestes de réanimation en pure perte ; Patrick est mort. Que s’est-il passé entre temps ? Patrick Mirval a été tabassé à mort par les matons. Huguet, un autre prisonnier présent lors de ce transfert, en témoignera. Mais pour l’administration pénitentiaire, l’affaire se raconte tout autrement : alors qu’il est déjà mort, on appelle sa mère pour lui annoncer que Patrick a été transporté à l’hôpital suite à une syncope, puis on lui parle de tentative de suicide consécutive à un chagrin d’amour, etc., etc. Quand l’heure de la fin des mensonges grossiers aura sonné, c’est ensuite la police, la justice et les experts qui prendront le relai pour étouffer l’affaire, étouffer la vérité, avec patience, opiniâtreté et avec une efficacité redoutable malgré les évidences et malgré un retentissement médiatique indéniable.

source : Cases Rebelles

Ainsi, peut-on se contenter de la justice punitive, outil des systèmes de domination actuel et qui vise nos communautés, pour la seule raison qu’elle existe et qu’on la “connaît”? N’y a-t-il pas un enjeu à penser une autre justice, où la condamnation des crimes dont nous sommes victimes ne seraient pas de l’ordre de l’exception ?

Justice punitive : quelles alternatives existent ?

1. La Justice restaurative

Face à aux différents manquements de la justice punitive, plusieurs débats ont lieu depuis des décennies sur ses alternatives éventuelles. Parmi elle, on retrouve la justice restaurative :

“la justice réparatrice/restaurative est un processus où toutes les parties prenantes affectées par une injustice ont la possibilité de discuter de la manière dont elles ont été affectées par l’injustice et de décider de ce qui doit être fait pour réparer le préjudice.”

http://restorativejustice.org/rj-library/restorative-justice-and-transformative-justice-definitions-and-debates/11558/#sthash.hVSmtr7p.dpbs

Le psychologue et criminologue belge Lode Walgrave, partisan de celle-ci, explique à ce sujet :

(…) dans la conception restaurative, la justice n’a pas pour fonction de punir, de traiter ou de protéger mais de (faire) réparer ou compenser le plus possible les préjudices causés par un délit. Tout délit entraîne des dommages et des souffrances, non seulement pour la victime directe, mais aussi pour sa famille, son entourage… La société, la collectivité souffrent également de l’occurrence de ce délit, dans la mesure où celui-ci érode le lien social et la confiance des citoyens entre eux, mais aussi en la loi et l’assurance qu’elle soit respectée. L’objectif de la justice doit être de réparer les souffrances et dommages causés par le délit, le lien social, mais également de rétablir la confi ance en la loi et en une société sûre et respectueuse des droits.

https://oip.org/analyse/pour-en-finir-avec-la-justice-punitive/

La justice restaurative vise donc un face à face entre l’auteur du délit et la victime, afin de centrer sur la manière dont la victime et son entourage peut obtenir réparation, et donc sur le moyen du criminel de faire amende honorable. Il y a donc une perspective communautaire – au sens large du terme – dans l’exercice d’une justice qui ne punit pas un individu d’avoir désobéi à l’ordre social, mais qui privilégie la victime, son vécu, et ses demandes. Alors, là, tout de suite, je sens qu’une partie de toi va lever un sourcil, mais laisse-moi finir !

2. La justice transformative

Il y a ensuite la justice transformative, décrite comme suit dans l’article « Community Accountablity » et « Transformative Justice » , traduit par le groupe Pratique féministe des Tarots :

La justice transformative, comme son nom l’indique, vise à transformer les individu-e-s, leurs communautés, mais aussi, à terme, la société dans son ensemble. Elle ajoute ainsi une notion à une autre approche existant depuis les années 1970 (mais qui s’inspire de systèmes de justice répandus dans l’ère prémoderne et encore en application chez les autochtones au Canada, par exemple), la justice restaurative. Si cette dernière préconise un modèle de justice alternative impliquant la communauté, elle ne vise qu’à restaurer les choses, à une pacification, et a comme conséquence le maintien des injustices systémiques. Le concept de justice transformative et sa mise en pratique ont été particulièrement bien développés ces dernières années par un collectif états-unien nommé Generation Five. Ce collectif travaille plus particulièrement sur les violences sexuelles sur mineur-e-s tout en insistant bien sur le fait que ces violences ne disparaîtront pas sans détruire toutes les oppressions. Il est composé, pour beaucoup, de personnes ayant subi des violences sexuelles dans leur enfance ou adolescence. Pour la plupart, ses membres sont des femmes, des personnes racisées et/ou des personnes queer Leur nom renvoie à leur objectif qui est de détruire les violences sexuelles sur les mineur-e-s en cinq générations.
Cette approche nous invite à travailler sur quatre niveaux différents : auprès de ◙, de ▲, de la communauté et de la société en général.


source : We Rise Up

Enfin, une notion concrète où l’une de ces deux justices s’exerce déjà dans certaines communautés, c’est celle de la “community safety” ou “community accountability”; c’est la “responsabilité collective”. Qu’est-ce que ça veut dire ? Eh bien, cela fait tout simplement référence à des modes d’organisations autonomes au sein de communautés minorisées qui, pour éviter d’avoir recours à la police et donc aux conséquences souvent dramatiques de la criminalisation des personnes minorisées (arrestation brutale, “bavures” policières, etc), ces modes vont privilégier une résolution dans la communauté par divers moyens. Cela peut être des patrouilles de voisins, des médiations de quartiers, mais aussi une mobilisation de structures locales, par exemple.

3. Community care et accountabilitty

Je n’ai pas trouvé si “community safety” (littéralement “sécurité communautaire”) et “community accountability” étaient vraiment synonymes, donc je vais prendre soin de les distinguer. Tout d’abord, le “community accountability” (les formes géométriques remplacent les termes “victimes”, “coupables”, et tout autre vocabulaire connoté) :

Dans les cas de violences interpersonnelles, l’idée intéressante apportée par le concept de community accountability est que la ou les communautés auxquelles appartiennent ◙ et/ou ▲ doivent être parties prenantes dans le processus de gestion. Chaque communauté doit effectuer un double travail : tout d’abord, il lui faut réfléchir aux circonstances qui ont permis la violence. Il ne s’agit pas, bien sûr, de s’autoflageller et de se noyer dans la culpabilisation, mais d’analyser les faits et de réfléchir à ce sur quoi on peut agir pour que cela ne se reproduise pas. Elle doit aussi essayer d’évaluer les conséquences que la violence a sur elle car elle en est une victime indirecte. Dans les pratiques de prise en charge de situation de violence dans nos milieux (je parle ici de milieux anarchistes, féministes, trans/pédés/gouines), nous nous concentrons, au mieux, surtout sur le soutien à ◙ et, si nous avons le temps et les forces nécessaires, sur l’accompagnement de ▲ pour qu’il ou elle puisse comprendre et changer.

source : We Rise Up

Enfin, pour ce qui est du terme “community safety”, chaque fois je suis tombée sur des textes sécuritaires de l’état américain, et peu de textes de recherches. J’ai donc switché pour “community care” dont j’avais déjà parlé sur le blog; ce qui m’a permis de trouver ce que je cherchais : la notion de care dans sa dimension communautaire. Le community care se définit par la capacité d’un groupe à former une communauté capable de prendre soin d’elle-même, c’est-à-dire de s’assurer qu’elle ne favorise l’émergence de ces violences et, si violence il y a eu, qu’elle soit en capacité de prendre la responsabilité de ces violences et de prendre en charge la victime et le perpétrateur.

La communauté doit également être investie dans la responsabilité. Tout comme la communauté peut être lésée par une infraction, elles ont également un rôle à jouer dans la création de l’environnement dans lequel une infraction a été commise. Dans l’optique de la justice réparatrice, les communautés doivent avoir la possibilité de développer leur sens de la communauté et de la mutualité, l’encouragement à s’investir dans le bien-être de leurs confrères et le soutien à la construction d’une culture communautaire saine et responsable.

source :Creating Communities of Care | Restorative & transformative justice by Artemisia Solstice

Le community care prend donc en compte la complicité de la communauté dans la situation ayant permis des actes hors-la-loi et suppose un travail collectif sur la réparation, tant sur le plan individuel que sur le plan collectif. Cette notion pourrait sembler à première vue très théorique, mais je la trouve intéressante dans la mesure où la pérennité des violences notamment sur les femmes et sur les enfants est justement assurée par la complicité d’une communauté qui refuserait de s’examiner. Qu’il s’agisse des affaires Cosby ou R. Kelly où il a été demandé aux femmes noires d’ “être solidaires” de la communauté noire en ignorant les témoignages des victimes ; ou du silence qui étouffe les violences sexuelles, voire incestueuses, subies par beaucoup de femmes ; les communautés “défaillantes” regroupent autant la société que les collectifs, ou le cercle familial. Pour guérir et avancer, le community care suppose donc un examen en profondeur autant dans ses manquements que dans les réparations qui peuvent être apporté.e.s.

Les applications concrètes des justices et modes d’organisations évoqués sont diverses, tant dans la complexité de la notion de réparation dans des cas graves que dans la prise en compte des moyens matériels qu’elles demandent – je vous laisse faire une petite recherche sur le sujet, le sujet est extrêmement large. La seule raison pour laquelle ces justices alternatives paraissent lointaines, c’est parce que l’Etat choisit d’investir dans la justice punitive plutôt qu’une autre, renforçant ainsi les pouvoirs qu’il détient au sein d’une société traversée par les rapports de force que l’on connaît. En effet, on peut imaginer que ces justices alternatives supposeraient de déléguer un pouvoir d’autorité sur plusieurs strates, bien avant qu’une affaire en vienne aux tribunaux, ou autre. L’état actuel- notamment dans sa logique de répression et decontrôle des populations que l’on observe aujourd’hui – n’a donc… aucun intérêt à s’y pencher.

Pourquoi ça nous concerne ?

“Si tu te fais agressée, t’auras bien besoin de la police”

Comme le soulève également Almeida dans sa vidéo Une société sans police est-elle possible ? ; ce qui est souvent renvoyé aux féministes en faveur d’une autre justice, et notamment partisane du démantèlement de la police, c’est “Si tu te fais agressée, t’auras bien besoin de la police”. Un rappel donc de la vulnérabilité des femmes, construite, organisée et maintenue par un système patriarcal qui les met en danger :

“En avril, un appel à témoignages avait été lancé par le collectif militant le Groupe F. En seulement dix jours, 500 expériences de dépôt de plainte avaient été récoltées«Dans 91 % des cas, les témoignages reçus racontent une mauvaise prise en charge, parfois catastrophique, avait constaté leur étude. Dans 60 % des témoignages, les femmes racontent avoir essuyé un refus ou avoir dû insister – parfois beaucoup – pour pouvoir porter plainte.» Une situation d’autant plus urgente que les services de police et de gendarmerie sont confrontés à une forte augmentation des dépôts de plainte depuis le mouvement #MeToo. “

source

Ajoutons au sexisme systémique, la criminalisation des quartiers populaires et la quasi absence de condamnations des actes racistes, il est donc tout aussi difficile pour les femmes noires d’obtenir justice.

Par-delà les polémiques et les différends idéologiques, les chiffres dévoilés dans le rapport sont sans appel. Qu’il s’agisse de provocations, d’injures, de violences ou de discriminations à caractère raciste, le nombre de condamnations est resté faible en 2018 (dernière année connue) : 393 peines ont été prononcées, alors que 6603 affaires ont été transmises à la justice et que près de 1 million de personnes estiment avoir été victimes d’actes racistes. 

source

Quant à l’incarcération des femmes noires, il est difficile de la retracer avec le manque de statistiques ethniques. L’observatoire international des prisons note toutefois que les femmes représentent 3,8% de la population détenue, ce qui ne les empêche pas d’avoir des conditions d’incarcération compliquées et moins d’importunités de réinsertion que les hommes.

La plupart des femmes sont détenues en maisons d’arrêt, souvent pour des faits de petite délinquance (en premier lieu des entorses à la législation sur les stupéfiants et des atteintes aux biens). Parmi elles, nombreuses sont des « mules » : des femmes originaires de Guyane ou d’ailleurs en Amérique du Sud, en très grande précarité et contraintes à transporter de la drogue. Plus encore que les hommes, le parcours des femmes détenues est très souvent chaotique, émaillé de ruptures et de violences subies dès l’enfance.

https://oip.org/decrypter/thematiques/femmes-detenues/

Aussi, on ne peut pas dénoncer la misogynoir dans des espaces institutionnels (la santé, le monde du travail, l’éducation, etc) et s’imaginer que celle-ci s’arrête aux portes de la prison. Ce serait :

  • induire que la misogynoir (et le racisme, dans le cas des hommes noirs incarcérés) est justifié dans un contexte punitif.
  • la rendre légitime quand elle touche les femmes les plus défavorisées d’entre nous.

Deux affirmations qui vont à l’encontre d’un projet de société débarrassée de ses différentes forces de domination.

Pour conclure

Je terminerai sur le fait que ce post est, malgré sa longueur, une infime et non exhaustive introduction aux questions de justices alternatives : (edit) comme tout concept, elles ont leurs courants, leurs nuances et leurs limites, et sont nourries par des débats vieux de plusieurs décennies. C’est pourquoi j’insiste une nouvelle fois sur le fait de compléter cet article avec quelques recherches et lectures, étant moi-même en train de m’instruire sur le sujet. Aussi, la nécessité de penser une autre justice va notamment de paire avec la lutte anticarcérale. Pour situer, et comme le résume ce post du collectif Queers et Trans révolutionnaires :

Être anticarcéral, c’est se battre contre tout système d’enfermement et de contrôle des populations : la prison, l’internement forcé en hôpitaux psychiatriques, etc.

Être abolitionniste de la prison : c’est lutter pour la fin de la prison. 

Être réformiste sur la prison : c’est être critique de la prison mais ne pas réclamer son abolition et ainsi, défendre des positions comme l’amélioration des conditions de détention des prisonniers.

https://qtresistance.wordpress.com/2020/08/02/la-place-de-la-lutte-anticarcerale-dans-le-controle-des-populations-noires-en-france-approche-afrofeministe/

Je ne pense pas qu’on puisse envisager une société débarrassée de ses discriminations, quand celles-ci sont justement maintenues par une criminalisation de groupes minorisés, et donc un système judiciaire complice. Penser cette autre société comme un horizon politique, c’est comprendre la refonte nécessaire dans ses fondements et notamment dans notre manière de penser, mais aussi questionner notre rôle par rapport à et au sein de la justice actuelle.

Comme le souligne Jade Almeida :

“Si j’ose, ne serait-ce que cinq minutes, envisager une société sans police, quelles seraient les alternatives ? Il faut aller chercher parce que ce qu’on considère comme “légitime” ou “a toujours existé”, ou “on ne pourrait pas fonctionner sans”, en fait quand vous regardez l’histoire, si ! C’est très récent. C’est très moderne.”

QUELQUES LIENS

https://qtresistance.wordpress.com/2020/08/02/la-place-de-la-lutte-anticarcerale-dans-le-controle-des-populations-noires-en-france-approche-afrofeministe/

La stérilisation des femmes déténues aux usa

Le blog de Jade Almeida

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15 thoughts on “Pourquoi penser une autre justice est un enjeu afroféministe ?

  1. Merci pour ton travail, c’est un sujet sur lequel je voulais me pencher depuis longtemps et ton post est super clair, très intéressant et bien documenté !

  2. J’ai toujours été fasciné par les concepts de justice non punitive ou de société sans police, et si j’aime beaucoup cette introduction, en ce sens qu’elle détaille bien les nécessités de réflexions, elle bute sur le même écueil que tout ce que j’ai lu sur le sujet jusqu’ici: une réflexion philosophique, et très peu d’informations concrètes sur le fonctionnement structurel d’une société de plusieurs dizaines de millions d’habitants avec ces modèles.
    Je ne sais pas si ce sera évoqué dans un autre article, mais c’est toujours quelque chose qui m’empêche de voir ces analyses comme autre chose qu’une réflexion, plus qu’une possibilité.

    Cela dit, les explications de la nécessité de la réflexion sont parmi les meilleures que j’ai pu lire sur la toile.

    1. Je comprends tout à fait, et c’est parce que ça me semblait profondément théorique que j’ai commencé à creuser le sujet. Il y a beaucoup d’exemples d’applications de certaines alternztives, notamment dans des communautés minorisées, mais la question d’échelle autour de ces applications relève d’un choix politique de l’état (si on se base sur une société gouvernee par ce dernier, il faudrait creuser les autres conceptions qui existent). D’un point de vue très concret : si le budget actuellement aloué à la police et à l’armée ces dernieres années était réinvesti (on parle donc de millions d’euros) dans l’une de ces justices alternatives, avec les structures et les formations de personnels que ça suppose; qu’il y avait une refonte du système pénal en conséquence, oui ce serait possible. Outre la dimension “révolutionnaire” à penser une autre société et son mode de fonctionnement, il y a aussi le fait que la justice telle qu’on la connaît est un choix politique récente (quelques siècles) , avec une conception très sécuritaire de celle ci (d’où les nombreuses dérives que l’on remarque ces dernières décennies). Je réfléchis beaucoup à faire une partie 2, effectivement mais je pense qu’elle te laisserait la même impression dans la mesure où on n’a pas d’exemple d’applications (à ma connaissance, hein) à une aussi grande échelle. 🙂

  3. Je suis une femme asiatique militante féministe anti-raciste, j’ai lu toutes les propositions proposés mais je ne suis pas d’accord avec.
    – La “justice réparatrice”, déjà me parait très culpabilisateur religieux et c’est pas ce que veulent les victimes et familles des victimes! Les victimes ne veulent pas se “réconcilier” avec le bourreau comme j’ai déjà entendu ce discours qui est promu par Angela Davis et une personne sur youtube qui en a parlé! C’est pas de la justice non plus et l’état indemnise les familles et la victime même si c’est jamais assez en cas de perte, mort d’une victime et les familles, victimes veulent surtout prévenir que d’autres victimes ne subissent pas ce qu’elles ont subi, c’est aussi de la prévention d’écarter certaines personnes!
    Après, oui toutes les plaintes n’aboutissent pas surtout à cause de la culture du viol, la misogynie qu’il faut éradiquer! Mais la majorité des victimes le font un peu pour elles mais surtout pour les autres aussi, pour prévenir. Et déjà que mettre en face de la victime, son bourreau son agresseur, son violeur, harceleur etc est difficile mais alors une médiation pour “réparation” ou “réconciliation”, les victimes n’en veulent pas et je déteste cette injonction aux pardons pour les victimes et à la “réconciliation”, non les victimes n’en veulent pas!
    L’homme militant qui a parlé de ça a pris le mauvais exemple d’une famille d’une victime d’un tueur qui a pardonné au tueur et lui a donné un boulot avec “médiation” etc, ça m’a hyper choqué, la famille doit être surtout très chrétienne pour vouloir partir tout mais dans l’absolu, la pratique, c’est pas possible ça et les victimes et familles de victimes ne demandent pas à être réconciliés avec leur bourreau! La prison c’est aussi de la prévention pour écarter certains personnes pour pas qu’elles recommencent car il y a des personnes qui ne changent pas ou ne veulent pas changer!
    Après pour la récidive, c’est aussi parce que la prison mélange tout criminel du gros criminel aux plus petits et forcément les gros criminels sont plus violents et vont influencer les petits criminels. Il faut surtout séparer les gros de petits criminels et dont certaines petites délinquances n’ont pas forcément besoin de prison pour s’en sortir. Pour les pauvres, faut plus les aider que les sanctionner, je crois plus à un revenu universel et redistribution de l’argent dont c’est les riches qui doivent faire le plus d’efforts pour la redistribution de richesse en plus d’éradiquer la misogynie, le racisme, homophobie, transphobie etc qui sont des idéologies qui circulent toujours!
    Pareil pour la drogue qu’on peut légaliser avec prévention comme ce qui est le cas pour l’alcool!

    – Quant à la “justice transformative” et “le community care”, ça fonctionne plus pour les petits groupes et encore il peut y avoir des règlements de compte familiales, de gangs etc dedans comme c’est le cas pour certains groupes déjà et aussi très patriarcales machistes car qui veuillent à la sécurité, patrouille, garde etc? C’est encore des hommes qui pensent nous sauver aussi.
    En plus de ça, il y a aussi des viols, des incestes dans des clans familiales pas dénoncés et si c’est “justices” que familles, ça va favoriser encore plus de viols, incestes au sein des familles!

    Voilà, en tant que militante, je ne crois pas à ces méthodes qui sont trop utopiques en ayant étudié la psychologie humaines dont les humains sont complexes! Je ne crois pas non plus à l’abolition totale de la police, car dsl mais avec le community care, c’est aussi la porte à la vengeance quand ceux qui patrouillent subissent un drame personnel, on le voit beaucoup en fiction, dans les thrillers etc c’est pourquoi, les parties prenantes, familles des victimes n’enquêtent pas seuls dans leurs affaires perso criminels!
    Et aussi, c’est pas propre qu’aux états, institutions mais aux humains: celui de vouloir garder la face que d’assumer leurs fautes, erreurs, torts!
    En plus, que tous les humains ont des biais psychologiques communs, celui de “ça n’arrive qu’aux autres et pas à soi”, celui de pas aider une personne à terre quand il y a trop de monde, de se déresponsabiliser quand il y a trop de monde et de penser que d’autres vont l’aider, prendre la responsabilité à notre place mais personne n’aide à cause de ça!

    Aussi, en tant que militante anti-raciste, je le vois très bien, la pédagogie, l’éducation face à notre lutte ne fait pas tout et aussi, que c’est propre aux humains, des gens qui ne veulent pas écouter, changer car ils ne veulent pas changer!
    Les humains sont complexes, les solutions sont complexes et dans ces “solutions” aucune mise en place réelle concrète de l’idée! En ayant étudié aussi les types de personnalité, je sais aussi qu’il y a des types de personnalité qui aiment plus se charger d’avoir des idées comme ça mais sans concrètement savoir comment faire ça fonctionner!
    Donc c’est très utopique, rêveur, je suis de ce type aussi et je me rends compte aussi qu’un monde comme ça ne fonctionne pas! Il faut aussi des gens qui se chargent beaucoup plus des plans d’action concrètement de façon organisée etc car sans eux aussi, les rêveurs utopiques sont inutiles!
    Et aussi que même si c’est des idées, si on ne prend pas en compte la complexité des humains, n’étudient pas la psychologie humaine, on ne se rend pas compte que c’est pas aussi facile, simple que ce qui est dit sur le papier surtout quand c’est des idées utopiques sans réel plan d’action concret!

  4. J’ai oublié juste de rajouter aussi que même si je crois à un système plus égalitaire de redistribution des richesses, de revenu universel, dans un village communautaire qui patrouillent eux-mêmes et égalitaire en droits, il y aura toujours aussi des gens qui se penseront toujours supérieur, harcèleront d’autres, tout ça lié à l’égo, l’orgueil, le fait que certains brutalisent les plus faibles ou ceux qui sortent de la norme par domination ou qui font un transfert et se voient eux-mêmes faibles dans d’autres personnes faibles, se reconnaissent, s’aiment pas pour être faibles, victimes de violences familiales et évacuent leur colère en brutalisant d’autres plus faibles.
    Tout ça ne justifie pas leurs actes, ce qu’ils font est aussi mal et je voulais dire que même dans un système égalitaire, il y aura toujours des gens comme eux car les humains sont comme ça, liés à l’égo, l’orgueil de se sentir supérieur dont certains sont des gens immatures.
    Donc voilà en étudiant la psychologie, on se rend compte que c’est pas si simple, que les humains sont pas simples.
    Ah et notre cerveau fonctionne en calculant les avantages et désavantages/inconvénients de façon inconsciente et certains humains changent que seulement si les inconvénients sont supérieurs à leurs avantages. Certains humains comprennent pas juste avec des belles paroles, de la pédagogie, prévention, certains comprennent malheureusement trop tard quand les conséquences sont graves!
    Faudrait aussi que les gens se rendent compte que la violence psychologique est aussi importante que la violence physique, malheureusement l’état punit surtout les violences physiques mais par ex un harceleur qui a fait que la victime se suicide est aussi coupable d’homicide involontaire!
    ça beaucoup que les gens se rendent pas compte, les harceleurs etc qui se rendent pas compte avec juste des belles paroles en plus des menteurs, manipulateurs qui n’ont aucun remord mais font genre semblants en étant hypocrites donc je crois absolument pas à cette “justice réparatrice” qui augmenterait encore plus l’hypocrisie!

    Voilà, je suis militante, je ne prétends pas avoir LA solution car je sais très bien que c’est compliqué, que les humains sont complexes mais penser à un autre système sans comprendre la psychologie humaine c’est être fichu d’avance!
    Car l’état capitaliste a très bien compris la psychologie humaine dont l’égo est la base du capitalisme et l’égo est aussi la base des humains!

    1. Alors, rappel que ce post est une infime introduction, donc il y a une infinité d’ouvrage sur les tenants et aboutissants des justices alternatives que j’ai évoqué, ce sont des décennies de littérature qu’il y a sur le sujet et bien sûr, l’aspect de la psychologie est pris en compte, c’est pourquoi j’en courage fortement à se documenter sur le sujet. Mon article ne rend pas compte de toute la complexité de ces justices, des différents courants que chaque type de justice abritent, etc. Je pense que tant qu’on n’aura pas creuser sur ce qui a été écrit au moins sur l’une de ces alternatives, ça paraîtra toujours utopique 😊

  5. Juste un petit conseil: Attention au biais de confirmation car pas seulement toi mais d’autres peuvent tomber dedans inconsciemment et je le vois dans ton article en sachant ce qu’est le biais de confirmation et en faisant attention perso à ça qui est de voir juste les preuves qui confirment ce qu’on pense en ayant déjà une idée ferme mais sans voir les preuves qui prouvent qu’on a tort!

    Même s’il y a des réalités vraies dans ce que tu as dit dont le racisme systémique de la police, que la police protège plus les riches et l’état dont société classiste et capitaliste et que la police fait des contrôles de faciès racistes etc. Je ne nie pas ça, c’est la réalité que je vois aussi étant une personne racisée militante anti-raciste.
    Mais le biais de confirmation en gros c’est utiliser des arguments vraies pour faire des raccourcis et confirmer son idée dont une personne pour l’abolition de la police va faire ça que ça peut être fait consciemment ou beaucoup inconsciemment.
    C’est ce que font aussi les terf/perf, les mascu, les racistes etc consciemment ou inconsciemment, ils vont utiliser des réalités vraies mais pour aller dans leur sens et c’est pareil que peuvent les militantes même ayant des bonnes intentions et beaucoup le font inconsciemment.
    C’est un conseil que je te donne pour éviter de tomber dans ce biais.

    Si tu fais une partie 2, j’ai lu celui-là, je peux lire l’autre mais ça change pas que tu peux prendre des réalités vraies pour confirmer ton avis car dans tout ça, ne sont pas pris en compte une autre réalité: les gens qui continuent à agresser sexuellement, à violer, à tuer dont certains ne sont pas en prison car ce sont des hommes riches. Plus le fait, qu’il y a des gens qui changent pas car ils ne veulent pas changer, écouter et que la pédagogie, prévention ne marchent pas avec eux.
    Et le fait aussi que des gens peuvent avoir des bonnes intentions même des militantes contre le système mais qui peuvent tomber inconsciemment dans le biais de confirmation en prenant que les preuves vraies qui vont dans leur sens, leur idée de départ.
    Je suis militante mais je fais attention à pas tomber dans ça, je connais la psychologie, les biais communs à tous les humains dont tout ça est hyper important pour proposer d’autres solutions.
    Et c’est bien les idées de solutions futures mais il faut que ça soit applicable concrètement et penser à comment faire appliquer ça concrètement. J’ai étudié les types de personnalité et il y a des types de personnalités qui ont plus des idées rêveurs et se sentent plus capables de juste proposer des idées nouvelles rêveuses comme ça dont je suis dans ce type de personnalité mais on a aussi besoin de type de personnalité qui se chargent de mettre en place l’idée, faire des plans concrets organisés de on va faire ça d’abord puis ci etc et eux, ils se chargent de penser à plus si l’idée est réalisable ou pas avec la mise en place.
    Et pour les rondes collectifs de gens patrouilles sans police, euh ils devraient aussi s’armer ou être violent pour faire face à d’autres gens qui peuvent l’être.

  6. Je viens de lire ta réponse à mon com et si la psychologie est prise en compte, dans les solutions proposés dans l’article, ce ne fut pas le cas. Comme j’ai aussi vu la vidéo interview d’un militant qui proposait mais a pris le pire exemple d’une famille de victime d’un tueur qui a pardonné au tueur avec médiation “réconciliation” et lui a donné du boulot, ça fait hyper utopiste religieux dont j’ai vu sa source qui est surtout les idées de Angela Davis qu’il a relayé pour la “médiation réparation réconciliation” et ça, c’est pas possible en vrai, en pratique à part si la famille est hyper religieuse chrétienne à pardonner à tout le monde même au tueur de leur fille avec embrassade, c’est justement hyper utopiste.

    Et c’est pas ce que veulent les victimes et les familles des victimes de “se réconciliation”, comment on peut demander ça aux victimes et familles des victimes.
    Comme d’autres gens ont dit par rapport à ces sociétés d’auto-gérances ne marchent qu’entre petits comités, groupes dont ils filtrent aussi l’entrée. Et même dans ces sociétés d’auto-gérances il peut y avoir des crimes, des viols, des incestes jamais dénoncés surtout quand c’est des sociétés d’auto-gérances entre familles.

    1. Mais justement, si, même dans les solutions que j’ai seulement défini dans l’article, c’est le cas, ce n’est juste pas détaillé ici. Je n’ai pas expliqué les limites, les courants, etc de ces derniers, d’où mes rappels que c’est un post introductif. Après, je ne cherche pas à convaincre de ces solutions, mais bien de souligner la nécessité de repenser la justice que l’on connaît. Le champs de réflexion est large, comme je l’ai répété.

  7. Merci infiniment pour cet article passionnant Laura.
    C’est cette justice punitive française telle que tu la décris qui m’a empêchée de porter plainte pour agression sexuelle. Je suis une femme noire, l’agresseur est un homme blanc bien placé dans le domaine médical, je SAVAIS que rien ne se passerait, que cette histoire n’aboutirait à rien et j’ai préféré faire l’économie des humiliations que me ferait subir le système en ne portant pas plainte et en allant réparer mon traumatisme de mon côté.
    Comme tu le dis si bien, sortir de la justice punitive relève du choix politique et ce n’est pas très vendeur quand on veut récupérer l’électorat FN de sortir de la dynamique du gendarme et du voleur.
    Merci pour cet article très instructif qui me permet de prendre conscience des raisons pour lesquelles le racisme prospère autant dans le système judiciaire et policier français 😉

    1. Je suis sincèrement contente si ça a pu t’aider ! Et pour ce que ça vaut, tu as tout mon soutien face à tout ce que tu as traversé. Au fond, je pense que réfléchir aux alternatives de justice, c’est aussi réfléchir à ce que ça signifie de guérir individuellement et collectivement et en quels termes.

  8. Merci pour cet article !
    Cela fait quelque temps que j’étais arrivée à la conclusion que la prison et l’incarcération de façon générale sont inutiles voire négatives globalement, mais sans avoir eu le temps de me pencher sur des alternatives, alors ton article tombe à pic ^^

    1. Contente s’il a pu t’apporter quelques éléments de réponse, même si la question de l’incarcération mériterait un post en lui-même ! C’est tellement large

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