“De Luxembourg à Poto-Poto” de Clarrise N’Guiambo, itinéraire d’une afrodescendante

Hello tout le monde !

Troisième bookreview depuis la rentrée, je suis plutôt fière de moi. J’avais très envie de revenir à la lecture, d’essais et de fiction, mais surtout à la littérature francophone et française. C’est donc à l’issue d’un heureux hasard que Clarisse N’Guiambo m’a présenté son livre. Non seulement c’est un livre auto-édité par une femme afrodescendante, mais en plus il parle du pays de mon père, le Congo Brazzaville. J’ai sauté sur l’occasion, curieuse de voir ce que j’allais y trouver.

Née en France, Clarisse N’Guiambo livre dans un roman autobiographique “Du Luxembourg à Poto-Poto : itinéraire d’un voyage sans retour”, le récit de son voyage : à l’âge de vingt six ans, elle découvre pour la première fois le pays de ses parents, où s’y confrontent ses stéréotypes et son éducation occidentaux et la réalité de Brazzaville. Chocs culturels, écarts des modes de vie, barrière de la langue, N’Guiambo énumère avec sincérité autant ses aprioris que les perles des brazzavillois. Ayant déjà visité Brazzaville, j’avais peur que le livre tombe dans plusieurs écueils : le misérabilisme, le ton moralisateur à l’égard des femmes congolaises, les constats à la va-vite sur l’état du pays (notamment sa situation économique et politique), etc… Clarisse N’Guiambo répond en partie à ces appréhensions ; tantôt en dénonçant son propre regard de Française privilégiée (le manque de confort comparé à l’Occident, les références à la pollution de la capitale, etc) ; tantôt en admettant qu’elle ne sait pas tout; avant de compléter de données factuelles et historiques sur le pays. Malgré quelques maladresses, elle oscille avec beaucoup d’humilité sur cette nécessité de restituer ce qu’elle voit, tout en soulignant que cela reste une première impression et, surtout, son expérience. Je crois que c’est l’affirmation de sa propre subjectivité qui a pour effet de rappeler à l’ordre les plus sanguins d’entre nous : ce n’est pas un essai, ni une étude ethnologique sur le Congo Brazzaville, mais une fresque parmi d’autres, et son vécu.

Evidemment, l’authenticité de ce roman tient également dans la rencontre entre l’afrodescendance et l’africanité : il y a ces petits moments en famille; ces retrouvailles codées où il faut ramener les cadeaux; ces conversations qui n’ont pas besoin de mots; le respect des années; la connivence des femmes, pilliers silencieux du foyer, même malgré elles (“Que serait le Congo sans les femmes ?“); les marques laissées par la guerre civile; la séparation drastique entre bidonvilles et quartiers résidentiels; le terrain des parents acheté il y a longtemps où l’on contemple les pierres d’une maison jamais construite; l’alliance communiste entre le Congo et Cuba, et il y a le retour des parents aussi, ceux qui n’ont jamais pu revenir plus tôt. J’y ai reconnu Brazzaville, et découvert des villages que je ne connaissais pas. Ce sont toutes ces petites choses qui m’ont touchées et m’ont donné l’impresion de lire, finalement, un morceau d’afropéanité – avec le regard naïf que cela suppose, autant de la part de l’auteure que du lecteur, car il reste fort à parier qu’une femme congolaise aurait son propre récit à apporter. Le seul regret que j’ai : la conclusion, à la dernière page du livre. Autant l’on mesure le cheminement de l’héroïne durant son séjour, autant j’ai trouvé dommage qu’il y ait plus de lignes sur le retour à l’eau courante, que sur le ressenti vis-à-vis de cette expérience. Cela donne du coup plus une impression de parenthèse, que de “voyage sans retour”. J’aurais aimé qu’on en sache plus sur ce que l’héroïne apprend de ses privilèges, sur ce qu’elle a appris, ou même un examen de conscience sur son identité, et non voir finir cette réflexion initiée tout au long du livre avec le besoin de prendre une grosse douche pour faire disparaître la pollution de Brazzaville et une parole du père. C’est dommage…

Néanmoins, en refermant ce roman, je me suis dit : “il nous faut plus de livres comme ça”. On connaît les récits de Maya Angelou et Maryse Condé sur la thématique du” retour en Afrique”, mais qu’en est-il des récits d’aujourd’hui sur nous; particulièrement quand nous savons d’où nos parents viennent ? où sont nos récits ? et qu’est-ce qui ressortirait de ces derniers ? Le style de N’Guiambo est très proche du journal, pas de longues phrases ou de tournures poétiques ; mais une écriture simple qui se soucie davantage de rendre avec fidélité l’image d’un pays qu’elle voit, et non telle qu’elle l’imaginait.

Alors, ce livre, pour qui ?

  • Pour celleux qui chercheront un roman sur la thématique du “retour” vécu par une femme afrodescendante, sans y chercher des réflexions décoloniales (ce n’est pas le projet du roman)
  • Pour celleux qui voudraient lire une autofiction facile à lire
  • Pour celleux qui voudraient se remémorer Brazzaville (le bon comme le mauvais), et le Congo tout simplement !

Voilà pour moi. Si vous souhaitez vous le procurer, et soutenir son auteure, vous pouvez vous le procurer ici.

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