BLACK PANTHER : Les féminismes d’Okoye et de Nakia

What up, y’aaaall ?

A moins que vous ayez dormi sous un rocher depuis un an, vous n’êtes pas sans savoir qu’un petit film du nom de Black Panther a juste bouleversé la diaspora, suscitant les conversations les plus drôles, les plus créatives mais aussi les plus politiques. Bien que beaucoup de critiques anglophones et francophones se soient concentrées sur “T’es plutôt Killmonger ou T’challa ?”, je n’ai pas vu tant d’articles sur les féminismes d’Okoye et Nakia. Pire encore, j’ai surtout vu des commentaires à s’arrêter à “cool, il y a Okoye et Nakia, le film est donc féministe”, et ce qui me laisse un goût de bissap fermenté dans la bouche.

Effectivement, on a deux femmes dark skin en personnages principaux, qui sont tout de même des pivots dans l’histoire… Mais la représentation n’a-t-elle pas plus d’intérêt quand  elle a un message ? Bref, j’ai cogité, et quand ma pote FrenchHeaux m’a dit “You better do this article, Mrs Roots”, je me suis dit que ça mériterait un article.

ATTENTION SPOILERS

(ET QU’EST CE QUE TU FAIS LA, MEME ? VA VOIR LE FILM (même en streaming, si tu trouves).

 

Le pitch : Après les événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War, T’Challa revient chez lui prendre sa place sur le trône du Wakanda, une nation africaine technologiquement très avancée. Mais lorsqu’un vieil ennemi resurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther. Il se retrouve entraîné dans un conflit qui menace non seulement le destin du Wakanda, mais celui du monde entier…

Okoye (tout à gauche) est une Dora milaje, générale de la garde royale du roi T’Challa. Tout au long du film; on la voit accompagner T’Challa dans ses déplacements et ses missions. Fidèle et téméraire, elle méprise l’arrogance occidentale et l’attitude white saviour de certains occidentaux – comme l’agent Ross, lorsqu’il interroge Ulysses Klaues. Pour le monde entier, Wakanda est un pays pauvre “et sous-développé”, une couverture que les Wakandais maintiennent afin de préserver leur plus grande richesse : le vibranium, source principale de toute leur civilisation hypertechnologique. Cela explique en partie qu’Okoye soit contre l’ouverture de Wakanda au reste du monde… mais pas totalement. Okoye avoue ne pas vouloir ouvrir les frontières aux pays voisins, craignant de recueillir “les problèmes de ces derniers, avec eux”.

A l’inverse, Nakia (au centre), est une ex-Dora Milaje , qui choisit délibérément de s’affranchir du gouvernement wakandais pour partir seule en mission et sauver des femmes kidnappées –  une référence aux jeunes filles de Chibok enlevées par Boko Haram. C’est seulement à la demande de T’Challa qu’elle met fin à cette mission, afin d’assister aux obséques du père du prince wakandais. Toutefois, pas moyen de se tromper : Nakia, indépendante, précise bien que, dès la fin de la cérémonie, elle retournera aider ces femmes, et ceux qui ont besoin d’elle.

Quelques passages comme la bagarre dans le bar de Séoul mettent en avant ces femmes noires comme de réelles alliées, capables de se battre, de faire preuve de tactique et tout ce qu’un film d’action requiert. Comme dit plus haut, au niveau de la représentation elle-même, on a clairement des personnages afroféministes – dont le moment culte de la perruque d’Okoye, image forte d’un affranchissement de diktats de beauté imposés aux femmes noires. Mais quand il est question du féminisme pratiqué par ces deux protagonistes, on a des directions radicalement opposées.

On assiste à plusieurs frictions entre Nakia et Okoye, notamment lorsqu’Okoye demande plusieurs fois quand Nakia va revenir à/au Wakanda, pour servir sa patrie. Mais le moment phare est, à mes yeux, lors du coup d’état d’Eric “Killmonger”. T’Challa étant mort – du moins, présumé mort – la reine mère et Shuri, destituées, doivent s’enfuir.

Marvel Studios’ BLACK PANTHER..L to R: Ramonda (Angela Bassett) and Shuri (Letitia Wright)..Photo: Matt Kennedy..©Marvel Studios 2018

Elles sont escortées par Nakia et Okoye vers une entrée, lorsque Okoye leur annonce qu’elle ne viendra pas avec elles. Révoltée, Nakia lui demande comment elle peut servir Eric Killmonger, alors que ce dernier a décidé d’asservir le peuple Wakandais. La Dora Milaje rétorque que, bien que les intentions politique de Killmonger ne soient pas les siennes, c’est son devoir de servir le roi et qu’il a obtenu ce droit selon les règles – un duel à mains nues. Elle reproche également à Nakia une certaine lâcheté, notamment par son statut d’espion qui ne la soumet à aucune obligation, contrairement aux Dora Milaje.

On peut déjà distinguer donc deux tendances de féminismes noirs :

  • Le féminisme d’Okoye est conservateur et nationaliste : si elle est capable de laisser mourir Shuri et l’ancienne reine sous un régime qu’elle sert, elle n’hésite pas à s’opposer à Killmonger, lors de la guerre civile, pour protéger les Dora Milaje. Son féminisme est intrinsèquement lié à la nation et aux traditions wakandaises. Aussi, il faut rappeler que la garde des Dora Milaje, bien que majoritairement féminine, sert  la conservation d’un pouvoir masculin et héréditaire – pour rappel, je n’ai pas lu les comics, je ne sais donc pas s’il y a eu des époques durant laquelle Wakanda était régi par une femme, mais bon, on parle du film, donc let’s stay focus.
    Certains seront tentés de rappeler le changement de camp d’Okoye lors de la guerre civile, mais dans mon souvenir, Okoye reproche davantage à Killmonger d’être un mauvais roi qu’autre chose. On est donc encore dans une démarche de conserver l’Etat, plus qu’autre chose.
  • Le féminisme de Nakia est intersectionnel et panafricaniste : non seulement Nakia remet en question les privilèges de la société wakandaise et son refus de l’immigration au profit de la conservation du vibranium, mais elle aide les femmes, qu’elles soient répudiées ou non, wakandaises ou non, riches ou démunies – je mets de côté la résolution pétée de T’challa, à la fin du film pour la satisfaire, hein, parce que un dispensaire construit vite fait, là, tchip.

Paraît que Black Panther 2 portera davantage sur ces personnages, et j’ai hâte de voir si ça va se concrétiser, car mon seul regret est de faire un post aussi mince.  Mais les commentaires sont ouverts ! Hâte de lire vos opinions sur le sujet 🙂

 

4 thoughts on “BLACK PANTHER : Les féminismes d’Okoye et de Nakia

  1. Non seulement Hollywood a réussi avec ce navet à inventer de toute pièce une pseudo identité culturelle noire mais en plus ils ont fait et feront encore un fric démentiel en surfant sur la pseudo “black pride”. Les actionnaires (blancs) de Marvel doivent vraiment se tordre de rire au bord de la piscine…”ouais on leur a raconté partout qu’aller claquer leur argent pour voir et revoir notre bouse c’était de l’émancipation…et ils nous ont crus MDR ! Bon c’est pas tout ça on va fêter les dividendes au champagne…

    http://www.jeuneafrique.com/mag/531824/culture/cinema-black-panther-une-superproduction-peu-convaincante/

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