[R&I] L’arbre à palimpseste, un dessin animé sur les grandes figures de l’Afrique!

La série d’articles ROOTS & INSPIRATION revient avec l’interview d’Ingrid Agbo, réalisatrice du superbe projet L’arbre à palimpseste, un projet de dessin animé pour enfants mettant en avant les grandes figures du continent africain. Sénégal, Congo, Nigéria, la série a tout pour plaire les petits et grands, avec une bonne dose de féminisme dedans 😉

 

  • Peux-tu te présenter pour nos lecteurs et lectrices, et nous dire un peu sur ton parcours ?

 

Je m’appelle Ingrid Agbo, j’ai 31 ans. Je suis technicienne de prise de vue  et réalisatrice. J’ai fait une licence en audiovisuelle puis une formation dans une école de Cinéma sur Paris. Après plusieurs années d’expériences professionnelles, j’ai décidé de créer ma boite de production audiovisuelle.

  • Comment t’est venu l’idée de ce projet ?

L’arbre à Palimpseste est un peu comme le dessin animé “père Castor”, que j’adorais quand j’étais gamine. Avec le temps j’avais plus envie qu’on me raconte des histoires de mon continent. Et quoi de plus pertinent, que la vie des personnages historiques qui ont marqué l’Afrique et qui sont malheureusement peu connus.

Ce projet s’est naturellement imposé à moi comme une évidence et son aspect educatainment y allait de soi.

Pour vulgariser l’histoire aussi peu connue du plus vieux continent du monde, il a été dès le début évident pour moi que nous devions raconter des faits en plaçant l’humain au centre de tout.

  • On est dans une société qui a un fort attrait pour l’audiovisuelle et la représentation d’histoires ou d’univers afro connaît un nouvel élan. Je pense notamment au buzz autour de Black Panther qui n’est même pas encore sorti, du côté US. Pourquoi le dessin d’animation plutôt que le film ou la websérie, par exemple ?

En réalité, chaque épisode de l’arbre à Palimpseste peut être à lui tout seul un long métrage. Il est vrai que le challenge, pour nous, est grand dans la mesure où on résume la vie de chaque figure historique africaine en 6 min. Cependant opter pour une série d’animation courte  sur ce projet est un choix délibéré car nous voulions, au travers des récits résumés de Mamie Palimpseste sur ces personnages historique, donner envie aux gens, qu’ils soient africains ou pas, de vouloir en savoir un peu plus sur ces héros du passé. Nous donnons en quelque sorte des grands moments du passé africain, avec ses acteurs afin de susciter un intérêt même minime pour ces personnages historiques qui mériteraient d’être plus connus du monde entier.  C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de me tourner vers l’animation pour ce programme : parce qu’à mes yeux, elle dépoussière la forme de toutes fioritures afin de ne garder que l’essentiel : l’humain. C’est aussi un outil transgénérationnel qui fédère petits et grands.

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  • Beaucoup d’artistes comme Euzhan Palcy déplore les difficultés de réaliser des projets sur l’époque précoloniale des pays africains, as-tu également rencontré des difficultés à réaliser ce projet ? Est-ce pour cela que tu choisis le crowdfunding ?

Alors il faut savoir que nous avons déjà réalisé un premier pilote en autoproduction qui est sélectionné dans le cadre du concours organisé par le Festival Annecy_MIFa_Animation du monde. Au cours des rencontres avec des différents et potentiels partenaires, autour du premier pilote, j’ai réalisé que si nous voulons présenter ce projet au monde entier, nous avons la responsabilité d’en faire un projet de qualité. Et la qualité a bien évidemment un certain coût.  J’ai eu des retours  peu encourageants sur ce projet et notre ambition de le diffuser partout. Pour certains partenaires occidentaux, l’arbre à Palimpseste, c’est uniquement un projet pour l’Afrique. Donc il faut le faire au moindre coût ce qui entrave forcément la qualité.  Pour ces types de personnes leur logique est simple : “Tant que c’est uniquement sur l’Afrique, ça ne peut intéresser que des Africains”. “Pas besoin d’avoir des budgets élevés alors que c’est pour l’Afrique”, “Il faut réduire les coût car un projet sur l’Afrique avec des personnages africains, avec une histoire qui se passe en Afrique, ça ne peut guère intéresser les occidentaux”, “Le public français n’est pas prêt à voir un programme à la télé, sur des Africains avec que des personnages noirs”….. J’en ai entendu des tonnes de réflexions de ce genre.

Donc oui, il va de soi que les projets sur le passé africain, ont leur lot de difficultés propres pour se faire financer.

Mais, dans mes rêves, je reste convaincue que si on fait un deuxième pilote de qualité où la technique peut concurrencer certaines productions occidentales, on réussira à trouver des partenaires qui osent et qui prennent des risques dans ce métier. Et c’est dans cette optique que le crownfunding nous sera d’une grande utilité. Outre créer une bulle autour de ce projet, recueillir les fonds dans le temps, nous aiderait énormément à relever ce défi.

 

  • Aujourd’hui, il y a de fortes discussions autour du devoir de mémoire concernant l’esclavage, la visibilité de nos histoires effacées, un contexte qui rend politique les oeuvres artistiques d’aujourd’hui. Comment gères-tu cela ? En étais-tu consciente en te lançant dans ce projet ?

Au début, j’en avais pas forcément conscience. Pour moi c’était tout naturel que les occidentaux et les africains apprennent plus sur la vie de Shaka zulu, ou Anne Zingha, ou La Kahena, ou Haile Sellasie etc… Il n’y avait rien de politique dans ma démarche. Avant même de réaliser que oui, il y a bien un devoir de mémoire qui fait notre projet, on produisait déjà le premier pilote pour te dire. C’est lorsqu’on a commencé à présenter les projets à différentes personnes que l’aspect politique à émerger. J’ai réalisé dans un premier temps que nous nous attaquons à l’histoire du plus vieux continent du monde, que nous voulons vulgariser à travers un dessin animé. ça remet en perspective toute la responsabilité que nous avons à l’égard de ces femmes et hommes qui ont fait l’Afrique. Nous avons compris que, de ce point de vue, nous n’avons pas le droit à l’erreur. Sans nous en rendre compte, nous allons déterrer des histoires enfouies que certaines personnes aimeraient enfouies à jamais. Mais tout ça ne nous déstabilise pas pour autant car nous sommes de bonne foi. Et le grain d’humour que nous mettont dans chaque épisode fera passer n’importe quels messages,  même les plus sensibles aujourd’hui.

 

  • Quelles figures africaines pourrait-on retrouver dans L’arbre à palimpseste ?

 

On retrouvera dans un premier temps des figures historiques comme Yaa Asantewaa du Ghana, Nehanda Nyakasikana du Zimbabwé, Aska Mohammed du Sénégal, Moshoeshoe du Lesotho, Kimpa Vita du Congo, Adrianampoinimerina du Madagascar, Hannibal de Cartage, Sed-Dong-Hong-Beh du Bénin, Kanga Moussa du Mali, Shaka zulu de l’Afrique du Sud … pour ne citer que ceux là ! Il y en a tellement de ces personnages qui en ont fait des choses.

Notre ambition c’est de au moins 78 épisodes donc 78 figures historiques africaines….

Les grandes figures dont nous choisissons de parler ne se restreignent pas à une zone de l’Afrique ou aux frontières d’un pays, elles viennent des quatre coins du continent. C’est d’une Afrique sans frontières dont nous souhaitons raconter le récit.

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  • On déplore souvent une mise en avant et une représentation des histoires africaines très masculines, comme si les femmes n’avaient pas trop contribuées. As-tu fait le même constat ? T’es-tu posé la question en démarrant ce projet ?

 

Quand on a commencé à se plonger dans cette fourmilière de héros africains, notre surprise à été de constater que des femmes, puissantes, fortes, stratèges et très avance sur leur temps en ce qui concerne le féminisme entre autre, ont marqué ce continent. Jusque là, les plus belles histoires que j’ai lu sont celle des héroïnes africaines 🙂

Donc du coup, on se retrouve pour l’instant à avoir une liste de femmes historique africaines plus longue de cette des hommes. Et c’est pas plus mal j’en envie de dire. Donc nous ne ferons pas dans la parité sous L’arbre à Palimpseste car les femmes vont être prédominantes.

 

  • Comment peut on t’aider à réaliser ce formidable projet ?

Dans l’urgence, il faut qu’on arrive à atteindre notre objectif sur la campagne de financement participatif. Il nous reste une semaine pour collecter 4000€. C’est peut être beaucoup dans le temps imparti, mais c’est possible. Réussir cette campagne est un premier signe qui confirme la viabilité du projet. C’est très important le message que cela véhicule, d’avoir un dessin animé africain dont le pilote a réussi à se faire financer par tout le monde. J’ai envie d’y croire encore. Nous ne réussirons à présenter un pilote de qualité aux diffuseurs et différents partenaires  que si la campagne aboutit.

Dans un second temps, il faut continuer à parler du projet. Il faut qu’il y ait une bulle solide autour de projet. Il faut qu’il y ait un engouement pour ce projet aussi ludique que nécessaire.  Il faut qu’un maximum de gens, occidentaux et africains montrent leur intérêt pour ce projet qui nous passionne tant. C’est l’unique façon d’y arriver.

Pour soutenir le projet, vous n’avez plus que 9 jours pour participer et rendre possible la réalisation de ce dessin animé.

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UN PROJET VALIDE PAR DIVERSITE & KIDS :unnamed

Certain.e.s le savent peut-être, j’ai rejoint l’association culturelle DIVERSITE & KIDS, prônant la diversité mélanique, physique, d’orientation sexuelle, etc dans la culture jeunesse. Livres, films, tout y passe ! A travers des activités à destination de petits et grands, on se mobilise à la fois pour une culture diversifiée et une meilleur diffusion des projets indépendants. 😉

Vous souhaitez prendre part aux activités culturelles de Diversité & Kids ? Rejoignez-nous et faites-vivre l’association !

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