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[BOOKREVIEW] Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor

Ces derniers temps, je n’ai pas cessé d’être en colère. Celle-ci a eu différent nom. Adama, Theo, puis les victimes des viols en Centrafrique. Parfois Ariane. Avec le temps, je crois de moins en moins au hasard, et j’aime penser que le roman Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor est arrivé au moment où j’en avais besoin. A un moment où j’étais trop en colère pour écrire, pour en parler, et cela devenait insupportable. A un moment, où je bloquais dans mon manuscrit actuel et où j’avais besoin de réponses. Tout simplement, à un moment où j’étais « bloquée ».

Sur les conseils de la blogueuse Clumsy qui a toujours de bonnes références en matière d’afrofuturisme ou de sci-fi, j’ai donc cherché ce livre. Première surprise : la version française n’est plus commercialisée. J’ai traqué les sites marchands, les sites des libraires, les sites d’occasion, impossible de mettre la main sur la magnifique édition française. Il existe toujours la version française en ebook, mais la couverture était trop belle pour m’y résoudre.

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Dans un dernier espoir, j’ai appelé une librairie censée l’avoir en stock – même si le livre date de 2011, je doute qu’en 6 ans le public français se soit intéressé à l’afrofuturisme ? non ? – et… miracle. La libraire à Nice m’a confirmé et le jour-même, je commandais l’ouvrage.

Qui a peur de la Mort ? est un livre afrofuturiste retraçant l’histoire d’Onyesonwu, jeune fille aux dons surnaturels qui, fruit d’un viol durant une guerre ancestrale opposant les Okeke et les Nurus, va devoir affronter son destin : mettre un terme au massacre des Okeke dirigé par son père biologique, le Grand sorcier Daib, et ce, au péril de sa vie. Je n’en dis pas plus, mais vous pouvez avoir plus de détails dans ce résumé là.

Ce livre m’a bouleversé par sa richesse, à la fois par les références aux croyances igbos qui sont incarnées dans le voyage d’Onyesonwu,  à la fois par ses personnages imparfaits et attachants, à la fois par son univers – une Afrique post-apocalyptique plongée dans le désert à la suite d’une ère technologique – par la place de la sorcellerie… Bref, c’est un roman que j’aurais aimé lire lorsque j’avais quinze ans. Un roman où la colère de l’héroïne repose finalement sur la même que la nôtre, celle de l’injustice face à une violence impunie sur un peuple. Tant de recoupement, tant d’allégorie aussi dans cette guerre décrite par Nnedi Okorafor, et qui n’est pas sans rappeler la guerre du Biafra ou du Soudan.

Je n’ai pas les mots pour dire à quel point ce livre est essentielle pour les femmes noires. C’est un peu comme si les femmes de ce livre avaient un peu de nos tantes et des nos parents : les silences pudiques des parents, ces fragments sur leur passé que l’on apprend des années plus tard, la nourriture, les rites, la pesanteur dans ces immenses assemblées où il ne faut surtout pas poser de questions. En tant qu’afrodescendante, beaucoup d’éléments m’ont rappelé des moments au Congo. Âmes sensibles s’abtenir pour ce livre, par contre !

Dans la postface, l’auteure explique notamment à quel moment elle a écrit cette histoire et, comme un puzzle, il y a des choses que j’ai compris sur ma vie. Quelque chose s’est débloquée : sur ma place en tant que femme noire, sur ma colère, sur ma force, sur mon épuisement, sur l’ironie, sur la mort, sur la fatalité, sur le tragique. J’ai lu que ce livre aurait dû être adapté en film, et finalement je me dis que ce n’est pas plus mal qu’il reste un livre.

Bref, je pourrais m’épancher encore sur ce livre mais il faut bien finir quelque part.

 

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