Marco Polo – saison 2 : critique

our vision

Les plaisirs de la réécriture, c’est aussi la série en fond qu’on n’a pas eu le temps de regarder durant l’année. J’avais déjà critiqué Empire et Scandal, et en regardant la saison 2 de Marco Polo, je me suis dit pourquoi pas retenter l’expérience ! Je vous propose donc d’aborder des petits aspects critiques de séries, qui traiteront sur des petits relents problématiques que j’y ai vu. ATTENTION SPOILERS, J AI BIEN DIT SPOILERS DONC MERCI DE NE PAS LIRE CET ARTICLE PARCE QU IL Y A DES SPOILERS. Je pense que je ne peux pas être plus claire, lol.

Marco Polo donc, c’est l’histoire de la vie du marchand italien éponyme qui a donné ses services au grand khan mongal Kubilaï, et qui est devenu son conseiller au fil des années. Je n’ai pas cherché à savoir si la série était fidèle à la réalité, mais la saison 1 m’avait bien plu. Kubilaï a un propos très critique sur l’eurocentrisme et écrase le zèle de l’Italien à plusieurs reprises, lui rappelant son statut d’étranger en terre mongole. On a donc un rapport de force assez intéressant, et qui ne fait pas de Marco Polo le personnage le plus intéressant de la série. En effet, si l’on retrouve un peu le mec occidental ingénieux et qui a toutes les solutions à tous les problèmes, la série ne tombe dans la facilité et rappelle constamment que Marco Polo n’est pas un invité du khan, mais bien un prisonnier en premier lieu dont les privilèges restent à gagner. Ainsi, on suit les tribulations de l’Italien, partagé entre sa loyauté envers l’Italie et l’autorité du Pape, et sa loyauté envers l’empire de Chine régi par Kubilaï.

  1. Kubilaï et la logique de l’étranger.

Ce qui caractérise le gouvernement de Kubilaï, c’est que ses conseillers ne sont pas mongols. Une réalité qui va lui valoir des critiques vis à vis de partisans nationalistes et voyant d’un mauvais oeil les ambitions mondialistes du khan – je transpore grosso-modo des termes modernes pour décrire son gouvernement, mais je ne suis pas historienne. Si le poids de la dynastie et de la logique de l’héritier mâle pourrait sécuriser le règne de Kubilaï, il surprend en délégant son pouvoir à des étrangers : Assad, son fils perse adopté et ministre des finances, Yusuf, son maître d’armes et ministre de la guerre (en gros) et Marco Polo.

Malheureusement, cet atout scénaristique est sans aucun doute la plus grosse déception de la saison 2 : le sort d’Assad (SPOILISPOILASPOILERS).

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(ASSAD JE T AIME)

Ahem. Donc Assad a été recueilli par Kubilaï lorsque le khan a massacré les peuples perses. Il est présenté comme le fils prodige, mais au fur et à mesure, Assad rencontre des opposants chinois au règne de Kubilaï qui vont l’interroger constamment : pourquoi être loyal envers un khan qui a massacré ton peuple et ta famille ? La saison 2 permet d’en apprendre plus sur les motivations d’Assad à être si proche du khan, et sur son désir de vengeance. En effet, alors que Kubilaï présente Assad comme un modèle d’intégration et comme étant son fils, malgré qu’ils n’aient pas le même sang, on apprend que le jeune perse a découvert sa mère dans un bordel lors d’un voyage dans l’arrière pays. Lui qui la pensait morte comme le reste de sa famille, découvre son identité après avoir payé ses faveurs de prostituée (OUI, GLAUQUE IL A COUCHE AVEC SA MERE) (GROS MALAISE) (JE NE SUIS TOUJOURS PAS REMISE).

Ce qui est intéressant avec l’histoire complexe d’Assad, c’est qu’elle rappelle que Kubilaï reste un conquérant avec une logique colonialiste. Assad, victime de sa domination, a perdu sa famille et se voit offrir une chance d’être un homme respecté, comme si c’était un acte charitable ! Pas étonnant qu’il décide de se venger pour usurper le trône du khan.

La grande déception de cette intrigue, c’est que la vengeance d’Assad est très vite réduite au « méchant fils étranger, vous voyez on peut pas leur faire confiance à ces métèques »*soupir*. Le scénario invite le spectateur à rester du côté de Kubilaï alors que le parcours d’Assad méritait, je pense, plus d’objectivité. Au final, on se retrouve encore avec un personnage secondaire perse ou du moyen-orient qui serait un traître fourbe, comme l’était Yusuf avant lui. *fatigue extrême*

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2) Kokachin et le drame des femmes

Dieu m’est témoin, je n’aimais pas vraiment Kukachin. Kukachin est une servante ayant usurpé la place de la princesse qu’elle servait, lorsque Kubilaï vint asservir son peuple (ah, tiens). Instinct de survie : elle se fait donc passer pour une noble et ait la quatrième femme du fils unique de Kubilaï, Jingim. La pression de la cour est habituelle : tant qu’elle ne donnera pas de fils héritier, elle est sur un siège éjectable. MAis après quatre femmes, le spectateur devine la stérilité de Jingim, et l’impératrice aussi.

Sur fond de tensions politiques, l’impératrice décide d’employer un palefrenier pour engrosser Kukachin contre son gré. C’est une expérience traumatisante où Kukachin, prisonnière déjà d’un premier mensonge sur ses origines sociales, va devoir mentir à son mari, au risque de perdre sa tête si l’on apprend la supercherie.

Brisée psychologiquement et enceinte, Kukachin va sombrer et commencer à délirer, ne devenant que le réceptacle d’un avenir politique. Elle devient peu à peu folle, parlant à la princesse défunte dont elle a pris l’identité, marchant dans la nuit sans être maîtresse de ses actes, avant de mettre au monde des jumeaux. Elle finira par se suicider pour trouver la paix, loin des mesquineries de l’Empire. Si Kukachin a le mérite de montrer ce que subissait les femmes de pouvoir et le patriarcat, sa fin et la facilité avec laquelle l’Impératrice se déresponsabilise de son sort sont assez blaclées.

CONCLUSION

La saison 2 était très riche en rebondissement, voir mieux que la saison 1, mais les scénaristes ont souvent avortés les intrigues les plus complexes avec des raccourcis stéréotypées, tantôt axé sur des clichés racistes (le métèque forcément fourbe) tantôt appuyé sur la culture du viol. Dommage.

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