[Intro] Why can't we wait – MLK et le racisme invisibilisé

Dans la lutte contre le racisme, le pasteur Martin Luther King reste ancré dans la mémoire collective. Sa renommée devenue emblèmatique, il est aujourd’hui difficile de ne pas échapper à une représentation récurrente  et un enregistrement bien grisonnant de son discours “I have a dreamMLK en tant qu’icône est aujourd’hui mobilisée pour rassurer les USA, si ce n’est le monde entier, et constitue une caution rassurante sur l’issue du racisme moderne. Un peu comme la notation “av.J-C”, il apparaît comme une démarcation historique  et est à l’origine d’un fameux refrain : “on n’en est plus là aujourd’hui, heureusement“. Petit frisson en émoi à l’écoute de son discours célèbre, et pourtant son anniversaire passe inaperçu ce 15 janvier dernier…

S’ajoutant à cela, la représentation du pasteur émerge constamment d’une dualité manichéenne* qui confine l’histoire du racisme en deux entités : MLK versus  Malcolm X, le pacifiste et le violent, le protestant et le musulman; tel est dépeint le portrait de l’un à l’autre dans l’imaginaire collectif, renforcé par un discours laudatif pour le premier et une réserve marquée pour le second.  Ainsi fut immortalisé MLK, dans une iconicité relevant davantage de la corde sensible et de la bonne conscience de l’humanité, et dont le militantisme est cristallisée dans une représentation romancée au possible, du à son pacifisme.

Beaucoup d’entre vous l’auront compris au ton sceptique de ce préambule : quelque chose cloche.

Sans nul doute, ce roman bien attrayant n’a pu qu’exacerbé les Américains lors de l’élection d’Obama, et le reste de l’Occident restera sourd au scepticisme de la communauté afro-américaine, principale concernée de ce tournant historique. Je me rappelle encore ma discussion avec un taximan durant mon voyage à New York, c’était un an après son élection, je ne comprenais pas la réponse inéluctable de mon interlocuteur : “he ain’t gonna change nothing”, il ne va rien changer.

Aujourd’hui, je comprends mieux. Pour nous européens, le racisme américain a quelque chose digne d’un bon film type “Le Majordome”, mais aucun ne s’attarderait sur cet amer “he aint’ gonna change nothing”. Et pourtant, la vérité est là: le racisme est toujours là, il nous plaît seulement de le voir moins “radical” alors qu’il est plus pernicieux que jamais.

En conséquence, mon propos n’est pas tant d’effacer les avancées que représentent MLK et autres évènements marquants de l’histoire afro-américaine, ni de simplifier le mythe historique (qui relève de la nécessité dans l’histoire des communautés afro-américaines, j’y reviendrais), mais bien d’en souligner la représentation galvanisée que nous en gardons aujourd’hui dans notre culture générale: celle-ci est partiale, émotive et participe indirectement à l’invisibilisation de différents mécanismes de racisme bien effectifs en Europe.

Si peu s’en soucie, ceux qui aiment percer le joli vernis endurci de notre imaginaire collectif seront heureux de lire Why can’t we wait de Martin Luther King.

Rendez-vous Lundi pour la seconde partie, les enjeux de l’ouvrage !

*Selon son sens moderne, et non la théorie philosophique.

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